Vive la vie – Le Klub des Loosers

Comme l’article précédent, sur The Marshall Mathers LP (Eminem) est tiré d’un article que j’ai publié il y’a quelques temps sur le forum de La-CAP, dans ma séries intitulée « réécoutes ». vive la vie

On reste dans la catégorie hip hop exigeant (promis la prochaine réécoute est sur David Bowie), mais cette fois si dans cette bonne vieille langue de Maupassant (je hais Molière). Hip Hop alternatif, exigeant, expérimental…ce qu’on veut mais ne comparons pas le Klub des Loosers a du vulgaire « rap français », pourtant il n’y a rien de plus roots: un MC, un DJ et surtout des samples! En effet c de là que vient le hiphop, le hiphop sans sample c’est comme le rock sans guitare, ca peut être sympa mais c pas roots!

Fuzati signe ici son premier et unique « album » accompagné de DJ Detect (et Orgasmic le toxicologue) au cuts (noob, comprend scratch) Fuzati produisant la plupart des instrus. Un Klub de loosers: des types comme vous et moi, un peu geeks, un peu bobos, de la middle, gentil romantique et pourtant cru et franc… sa marque de fabrique: l’ennui, le suicide…le seul mc qu’on écoute (malgré sa voix geignarde), un écrivain maniant la métaphore comme personne!

On pourrait parler du personnage des heures, comme pour Stupeflip, ou les Residents, mais on va s’intéresser à son album vive la vie (je parle pas du contraste pochette, avec son « arbre où se pendre ». Ici le fuz’ présente un album concept assez bien construit et donc « chronologiquement droit » Je vais parler directement des interludes, comme ca, ca sera fait: Fuzati résume assez bien le trip (hé les mecs, on a tous connu ca!):

Voilà ca donne beaucoup d’intérêt à l’album et on en vient à détester la dite Anne charlotte quandd elle commence à parler de son copain! On se prend vite au jeu.

Il y a plusieurs sens au mot looser, mais là, c’est plus un délire de romantique. C’est à dire que là, quand j’appelle Anne Charlotte (la fille dans les interludes NDT), ce n’est même pas pour la baiser. C’est juste que j’en suis amoureux et que j’ai envie d’être auprès d’elle. Et elle…elle sait ce que je veux. Mais au lieu de dire « non j’ suis pas intéressée », elle joue avec moi. Et j’en rencontre plein des filles comme ça, la fille qui va laisser pourrir le truc et qui va arriver jusqu’à la situation où tu vas dormir à côté d’elle parce que t’es son ami. Mais si t’as le malheur de lui sauter dessus, elle va te dire « Mais qu’est-ce qui se passe ?…ah tiens, tu es un être sexué ?….je suis en string devant toi, mon dieu, mais tu bandes !… » Et là, t’as le droit de dire « Sale pute! ».

On attaque: le manège des vanités…pour moi, le meilleur morceaux de l’album, un instru avec des airs de films d’enquête, ici le rappeur masqué nous parle de l’égoïsme de l’humain (ouais, c’est un philosophe ce Fuzati) et nous ouvre les yeux sur le principe de contexte. Le titre du morceau le résume parfaitement, le culte de l’apparence, les modes…un morceau à écouter au moins une fois dans sa vie!
Dead Hiphop: on se moque! Un instru très pop, on se moque d’accord mais gentiment du hiphop (à noter une parfaite imitation du « rappeur urbain »). ce morceau fait suite à « le hiphop c’est mon pote ». donc oui le hiphop est mort, dans un beau pamphlet sur l’industrie du rap, marrant. malgré cela ce morceau ne colle pas assez avec le reste de l’album (une petite mix tape aurait suffit).
Avec les larmes: un instru assez lassant, très 80’s et des paroles moins profondes (sur la tristesse) font de ce morceau une curiosité mais ne mérite pas un grand intérêt.
Ne plus y croire: une métaphore filée sur l’amour, vendu comme un produit en bouteille. Fuzati raconte donc son métier de livreur d’amour, tel un livreur de lait, la construction est vraiment intéressante, et là on se rend compte que l’amour gère pas mal le marketing de nos jours. Un instru très sensuel (on ralentit tout ca et on a du Barry white).
Toute la vérité: OMG l’instru ressemble énormément au précédent, ca me choque à chaque fois. En ce qui concerne les paroles, on dirait un bon Freestyle, un impro intéressante, un pèle mêle de lyrics (« je passe du coq à l’âne comme dans une partouze à la ferme ») là encore c’est une grande foire aux figures de styles. Notons également les scratchs qui sont ici très présents et bien menés (surtout pour la coda).
Poussière d’enfants: fallait oser (comme pour la femme de fer sorti plus tôt ou Fuzati raconte l’amour qu’il éprouve pour une femme qui n’a pas de jambe, avec humour, respect, romantisme…) une chanson sur la mort des enfants, sans provocation inutiles. Ce morceau me partage souvent: en effet l’instru est un jour excellent et le second très lassant. Des scratchs pas forcements utiles, mais des chœurs mignons et légers qui contrastent avec le lourd instru.
De l’amour à la haine, ou comment faire une chanson « semi romantique » avec la BO de « cannibal hollocaust »: une déclaration de non amour magnifique (on est tous un jour passé de l’amour à la haine en moins d’un pas!) tout y passe, les « je t’aime » les demandes en mariage, la jalousie, le sexe, la haine. Un excellent morceau avec un instru magnifique.
Haaaa le signe du V (que je me plait à parfois appeler le signe du T (comprendra qui voudra)) Fuzati vient de Versailles, mais de la middle, et déclare ici l’ennuie que provoque la ville du roi louis: les bourgeois, les cathos, les royalistes, les jeunes qui boivent des Krog et fument des joints, en écoutant de la techno ou du métal, l’élite éduquée? ca balance pas mal dans ce morceau. Pour les amateurs d’indie: l’instru est le seul « composé », et pas par n’importe qui: JB Dunkel from AIR! Qui pose également sa féminine voix sur le refrain. J’apprécie là aussi les scratchs passés au phaser à la fin de la chanson!
Un peu seul: morceau pop pour l’instru (qui passe vraiment bien!) ou le MC se plaint de sa solitude depuis son enfance, la drague, la vie à deux. Très bonne zik.
Baise les gens: un instru à la film de détective, un grand discours misanthrope, fun et a prendre au second degrés bien sûr! (Le refrain chanté par Jonathan Lambert (ou plus précisément, son personnage « Damien Baïzé ».
Pas stable: instru pop également pour cette chanson, qui dit qu’on ne trouve jamais le bonheur, mémé quand on a tout pour être heureux!
Depuis que j’était enfant: je vous fais un dessin? Le culte du looser, son mode de vie, le fait qu’il passe inaperçu depuis minot! à noter une version avec le grand MF DOOM (modèle de Fuzati: masque, même flow, même types d’instrus) qui est génial.
Perspectives: clôture en quelques sortes, ouvertures sur l’avenir du looser (double O) et peut être le suicide?

N’oubliez pas le magnifique bonus track (un de mes préférés)

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